
Cheminer vers l’Arcane – Pathworking
- Cheminer vers l’Arcane – Pathworking
- Le basculement – The fall over
- Le sens symbolique du basculement – The symbolic sense of tilting
- La vocation du Pendu – The vocation of the Hanged Man
Le basculement – The fall over
L’horizon est haut et je descends dans les eaux de מ (Mem).
The horizon is high and I’m descending into the waters of מ (Mem).
Suspendu par le soleil, la Vie m’impose immobilité lumineuse. Les eaux obscures nous ouvrent à la lumière prise dans un autre élément. Le mouvement n’est plus rayonnement, mais se stabilise dans une masse plus dense, comme si la lumière était capturée dans une toile. Le corps est tendu, le torse ouvert, écartelé, mais les sens fermés, la sensation se concentre dans le ventre, le bassin, ce réceptacle qui se déverse ici par la tête. Il exulte, se verse, se vide dans les eaux des fonds, des tréfonds. Second rayonnement: sa tête. La tête solaire éclaire l’Obscur, nourrit le Serpent qui s’apprête à monter par la main droite et rampera sur tout le corps. L’Obscur monte de bas en haut, jusqu’au pied, et le Pendu sera prêt à basculer à nouveau. Le bas retrouvera ses fonds et le haut sa splendeur.
Suspended by the sun, Life imposes luminous immobility on me. The dark waters open us up to light caught in another element. The movement is no longer radiant, but stabilises in a denser mass, as if the light was captured in a canvas. The body is tense, the torso open, spread-eagled, but the senses closed, the sensation concentrated in the belly, the pelvis, the receptacle that here pours out through the head. It exults, pours itself out, empties itself into the waters of the deep, the subterranean. Second radiance: his head. The solar head illuminates the Obscure, nourishes the Serpent that is about to ascend through the right hand and crawl all over the body. The Obscure rises from the bottom up, to the foot, and the Hanged Man will be ready to topple over again. The bottom will regain its depths and the top its splendour.
Le sens symbolique du basculement – The symbolic sense of tilting
« Cette carte, attribuée à la lettre Mem, représente l’élément Eau. Il serait peut-être préférable de dire qu’elle représente la fonction spirituelle de l’eau dans l’économie de l’initiation; c’est un baptême étant aussi une mort. »
« This card, attributed to the letter Mem, represents the element of Water. It would perhaps be better to say that it represents the spiritual function of water in the economy of initiation; it is a baptism which is also a death. » Aleister Crowley, Book of Thoth, Weiser, 2006, p. 96
Parmi d’autres attributions de lettres hébraïques à des Arcanes majeures, voici celle qui m’a le plus marquée. D’autres assignations possibles seront évoquées plus tard et elles sont étonnantes. On regarde un Pendu immergé dans l’eau, immobilisé, cloué et suspendu au Ankh, ancien symbole égyptien symbolisant la Vie et parfois aussi la vie après la mort. Dans certaines représentations picturales, Anubis ou Isis portent l’Ankh à la bouche du défunt, possiblement en lui donnant ainsi vie éternelle. C’est un symbole récurrent de l’art funéraire d’Égypte ancienne et sa forme a été évocatrice de bien des interprétations. Quand on regarde la façon dont certains sont taillé dans la pierre, la forme se compose d’une boucle surmontant un T. D’après E. A. Wallis Budge la boucle est le symbole de la ceinture d’Isis, tyet, objet rituel porté par des prêtresses symbolisant la fertilité. Dans la religion solaire du pharaon Akhenaton, les Dieux et les rayons du soleil tendent la poignée de l’Ankh à l’être humain et lui donnent ainsi vie (Encyclopédie des Symboles, La Pochothèque). Ankhu est le nom pour un défunt dans l’Ancien Empire. Les articles sont nombreux dans les encyclopédies. Un dernier aspect doit cependant encore être évoqué : il y aurait un lien entre l’ankh et le miroir dans le sens où le royaume des morts serait un reflet du vivant. Un rituel égyptien consacré à Neith/Nit/Nuit (déesse cosmique qui forme le firmament) consistait à faire brûler des lampes la nuit afin de donner un reflet du ciel étoilé au monde des morts. Ceci est important pour notre Arcane car il y figure une réflexion lourde de sens : il y a le soleil de l’Ankh dont la fonction rayonnante se se retrouve avec la tête du Pendu qui éclaire l’obscurité. L’hémisphère du soleil ouverte vers le haut se mire dans un soleil bleu ouvert vers le bas. L’un contient l’Ankh, l’autre le serpent. L’humain en devient fonction, vecteur de cette force de Vie primordiale et constitue le lien entre le haut et le bas, la lumière et l’obscurité. Il est sensible aux deux royaumes et habite les deux, l’un après l’autre. La beauté du Pendu est cette traversée mystique du seuil qui nous apparaît ici comme cette épaisseur quadrillée, dense et perméable à la fois. Dans sa descente en immersion, nous le voyons entièrement englouti dans l’épaisseur du seuil, plus de ce monde et pas encore dans une dimension nouvelle. Ses extrémités touchent à celles du seuil. Dans cet état d’être parfaitement inconfortable, il est contraint de s’ouvrir jusqu’à l’écartèlement. Il est nu, exposé, vulnérable, pris dans la matière même de son corps (symbolique du carré), rayonnant et pur. Un Empereur inversé, sa souveraineté demeure en suspend, mais en puissance néanmoins. Sentir l’épreuve, se laisser traverser, s’offrir à l’expérience, s’abandonner à ce qui nous traverse, voilà la grande force du Pendu diamétralement opposée à celle de l’Empereur. La force ici réside dans l’abandon et non la prise sur la réalité ce qui est une épreuve de la confiance en soi ainsi qu’en la vie.
Among other attributions of Hebrew letters to major Arcana, this is the one that struck me the most. Other possible assignments will be mentioned later, and they are astonishing. We are looking at a Hanged Man immersed in water, immobilised, nailed and hanging from the Ankh, an ancient Egyptian symbol symbolising Life and sometimes also life after death. In some pictorial representations, Anubis or Isis carry the Ankh to the mouth of the deceased, possibly giving him eternal life. It is a recurring symbol in ancient Egyptian funerary art, and its shape has been evocative of many interpretations. When you look at the way some of them are carved in stone, the shape consists of a loop surmounting a T. According to E. A. Wallis Budge, the buckle is the symbol of the belt of Isis, tyet, a ritual object worn by priestesses symbolising fertility. In the solar religion of the pharaoh Akhenaten, the gods and the rays of the sun hold out the handle of the Ankh to the human being, thus giving him life (Encyclopédie des Symboles, La Pochothèque). Ankhu was the name for a deceased person in the Old Kingdom. There are many articles on this subject in encyclopaedias. There is one final aspect that needs to be mentioned: there is a link between the ankh and the mirror, in the sense that the realm of the dead is a reflection of the living. An Egyptian ritual dedicated to Neith/Nit/Nuit (cosmic goddess who forms the firmament) consisted of burning lamps at night to give a reflection of the starry sky to the world of the dead. This is important for our Arcanum because it contains a reflection that is fraught with meaning: there is the sun of the Ankh, whose radiant function is found in the head of the Hanged Man, which illuminates the darkness. The sun’s upward-opening hemisphere is reflected in a downward-opening blue sun. One contains the Ankh, the other the serpent. The human being becomes the function, the vector of this primordial Life force and the link between high and low, light and darkness. He is sensitive to both realms and inhabits both, one after the other. The beauty of the Hanged Man lies in this mystical crossing of the threshold, which appears to us here as a squared-off thickness that is both dense and permeable. In his descent into immersion, we see him completely engulfed in the thickness of the threshold, no longer of this world and not yet in a new dimension. His extremities touch those of the threshold. In this perfectly uncomfortable state of being, he is forced to open himself up to the point of being torn apart. He is naked, exposed, vulnerable, caught in the very matter of his body (symbolic of the square), radiant and pure. An Emperor in reverse, his sovereignty remains suspended, but powerful nonetheless. The strength here lies in surrendering rather than holding on to reality, which is a test of your confidence in yourself and in life.
« L’idée de sacrifice est, au bout du compte, une idée fausse. »
« This idea of sacrifice is, in the final analysis, a wrong idea. » ibid.
L’enjeu d’un sacrifice de soi, comme on le retrouve dans d’autres interprétations de l’Arcane XII, ne se retrouve point dans cette représentation. Au contraire, même si cette sensation reste tout de même subjective, Le Pendu est ici lumineux, une figure humaine qui retrouve sa splendeur dans la descente vers l’obscurité. La rédemption est un terme sur lequel Crowley insiste beaucoup au début de l’article pour enfin le disqualifier parce qu’il implique une dette et donc une culpabilité. Alors que le Pendu ne se défait pas d’une faute, mais découvre son « héritage stellaire », c’est-à-dire qu’il est enfant cosmique, porteur de la lumière de Kether (première émanation de l’Arbre des Sephiroth). De rédemption on glisse vers la remémoration dans l’élément primordial et amniotique qu’est l’eau. Il ne s’agit pas de purifier, car l’être est déjà pur. Là réside le changement de perspective, si souvent évoqué dans les interprétations pragmatiques de cet Arcane majeur : ce n’est pas se défaire, se laver d’une souillure, c’est se remémorer sa nature première, de là où je viens et d’y retourner (en se retournant). C’est un travail de l’ombre profond. Pour moi, cette carte est une introspection des plus intenses car elle opère par le corps. Le pliage de la jambe, l’immobilité, la totale réceptivité est une posture égale à la méditation (Zazen dans mon cas ainsi que le Yoga) et dieu sait combien la posture fait mal les premières fois qu’on tente de la tenir …jusqu’à ce qu’elle finisse par nous tenir. Mais ce n’est qu’un début, la préparation au calme et à la stabilité est la condition pour traverser la tempête.
La fonction initiatique se reflète aussi dans le mythe d’Odin dans lequel nous retrouvons l’initiation à un mystère d’un autre monde : le Dieu souhaite pénétrer dans le royaume d’une force primordiale. Dans l’Edda (Hávamál, 138), Odin se pend à l’arbre Yggdrasil pendant neuf jours et neuf nuits afin d’apprendre de la sagesse de l’arbre qui fonde et soutient les neufs mondes. Ce qui est étonnant est qu’Odin se donne « de moi à moi-même », se donne à lui-même en sacrifice, blessé par sa propre lance. Est-ce la part humaine sacrifiée à la part divine ? Une initiation intérieure où l’Autre de moi se manifeste ? Sans boire, ni manger il apprend les runes, suspendu à l’arbre. Il hurle en les apprenant comme, peut-être, un cri de (re)naissance. Cet art le traverse et sort par sa bouche, symbole d’une voix trouvée, d’un langage qu’il commence à apprendre. Cette initiation le libère par la chute et le voilà, redressé à nouveau, qui prospère d’un savoir qui « dit » et qui « agit ». Ce passage de l’Edda est puissant et demeure tout aussi mystérieux, c’est-à-dire ouvert à l’exploration de chacun.
La fonction purificatrice se reflète dans d’autres interprétations du Pendu, telle que celle qui y voit la punition des traîtres. En effet, en Italie au Moyen Age sortant on pendait par les pieds les coupables de trahison. C’est une perspective plus historique du Pendu dans laquelle se trouve encore l’écho de la culpabilité. Pour ma part, cette perspective trouve ses limites assez rapidement dans une lecture car au lieu d’ouvrir le sens de ce qui se passe au présent, de ce qui arrive au consultant, la sentence tombe et on cherche la faute. Il s’agit certainement d’un parti pris plus large que le tarot que de privilégier la quête de la raison que celle de la faute. Force est de constater que le rapport à soi et à autrui s’en trouve plus apaisé et je dirais même authentique. Mais revenons à notre sujet.
Remarquons aussi l’usage des figures géométriques. Toutes les extrémités sont encerclées, même le pied gauche qui l’est par un serpent. Le carré du centre se trouve projeté en plus grand et définit la longueur du corps du Pendu, l’espace dans lequel il se trouve. Au sein même de la matière-corps se trouvent pourtant des forces circulaires (serpents) qui garantissent l’existence et la perméabilité du seuil : le Pendu passe de l’élément céleste au terrestre et du terrestre au chtonien. L’ambivalence, l’ambiguïté ou encore l’androgynie que représente le serpent dans beaucoup de grandes cultures prend une forme ici de psychopompe. Les serpents veillent sur les deux seuils et semblent accompagner le Pendu dans sa descente dans les eaux profondes, la « mort du Dieu » dont parle Crowley.
Le Pendu prend la forme de l’Ankh et la boucle se referme grâce au serpent sortant de son sommeil.
À côté du bleu de l’eau et de la nuit et du jaune de la lumière et de l’esprit, il y a le vert. Couleur vénusienne, ici dans une tonalité pastelle, plutôt douce et vaporeuse, elle loge dans la dynamique du circulaire et accompagne le rayonnement solaire. Pour Crowley c’est la Grâce. Des clous sont plantés dans trois extrémités, rappelant les stigmates du Christ mais aussi les clous de l’Hiérophante représentant la lettre Vau de l’alphabet hébreux. Nous y reviendrons. Pour prendre la posture du Pendu, il faut accepter une radicale vulnérabilité, une mise à nu. Cette chute dans le basculement demande de l’humilité, du dépouillement qui ramène à la condition la plus simple et probablement la plus démunie de ce que l’on prône aujourd’hui: l’individualité. L’identité du Pendu réside en-deçà du mondain (d’ailleurs toute la suite des Arcanes majeurs à partir de la Roue de Fortune sont en-deçà ou au-delà du mondain) et ramène au sens profond de l’être et de la lettre Mem. C’est là où le carré peut prendre un sens autre que la matière-corps : mem final dessine un carré en fin du mot mayim (מים) qui signifie les eaux en hébreux (Souzenelle, La lettre chemin de vie, p.143). La grande richesse et fertilité des ouvrages d’Annick de Souzenelle ne peut agir que directement sur le lecteur que nous invitons vivement à lire, tant le travail de cette grande dame va en profondeur du sens des lettres et bien d’autres sujets de la mystique chrétienne. Ici ne seront évoqués que les points que nous pouvons ramener au tarot, l’auteure n’ayant jamais écrit à ce sujet-là, nous voyons néanmoins un sens très cohérent et consistant se former entre la conception des arcanes et la logique des lettres hébraïques ; tradition et héritage obligent probablement. Souzenelle analyse la morphologie et morphogenèse de la lettre tout en la ramenant à l’ontologie, l’objet central de toute son écriture : par rapport à la lettre mem en hébreu carré, elle interprète :
The stakes of self-sacrifice, as found in other interpretations of the Arcanum XII, are not present in this representation. On the contrary, even if this sensation remains subjective, the Hanged Man is luminous here, a human figure who rediscovers his splendour in the descent into darkness. Redemption is a term on which Crowley insists a great deal at the beginning of the article, before finally disqualifying it because it implies a debt and therefore guilt. The Hanged Man, on the other hand, does not rid himself of a fault, but discovers his “stellar heritage”, that is to say that he is a cosmic child, the bearer of the light of Kether (the first emanation of the Tree of the Sephiroth). From redemption we slide towards remembrance in the primordial, amniotic element of water. It is not a question of purification, because the being is already pure. Therein lies the change of perspective so often evoked in pragmatic interpretations of this major Arcanum: it’s not a matter of getting rid of or washing away a stain, it’s a matter of remembering one’s original nature, from whence I came and returning to it (by turning back). It’s deep shadow work. For me, this card is one of the most intense forms of introspection, because it works through the body. The bending of the leg, the immobility, the total receptivity is a posture equal to meditation (Zazen in my case as well as Yoga) and God knows how much the posture hurts the first few times you try to hold it … until it ends up holding you. But that’s just the beginning. Preparing for calm and stability is the prerequisite for weathering the storm.
The initiatory function is also reflected in the myth of Odin, in which we find initiation into a mystery from another world: the God wishes to enter the realm of a primordial force. In the Edda (Hávamál, 138), Odin hangs himself from the Yggdrasil tree for nine days and nights in order to learn from the wisdom of the tree that founds and sustains the nine worlds. What is astonishing is that Odin gives himself ‘from myself to myself’, gives himself as a sacrifice, wounded by his own spear. Is this the human part sacrificed to the divine part? An inner initiation in which the Other of me manifests itself? Without eating or drinking, he learns the runes, hanging from the tree. He screams as he learns them, perhaps as a cry of (re)birth. This art flows through him and out of his mouth, symbolising a voice he has found, a language he is beginning to learn. This initiation frees him through a fall, and there he is, straightened up again, thriving on knowledge that ‘says’ and ‘acts’. This is a powerful passage from the Edda, and one that remains just as mysterious, open to individual exploration.
The purifying function is reflected in other interpretations of the Hanged Man, such as the one that sees him as a punishment for traitors. In fact, in Italy in the Middle Ages, those guilty of treason were hanged by the feet. This is a more historical perspective of the Hanged Man, in which the echo of guilt is still present. As far as I’m concerned, this perspective reaches its limits fairly quickly in a reading, because instead of opening up the meaning of what’s happening in the present, of what’s happening to the consultant, the sentence is passed and we look for the fault. It is certainly a wider bias than the tarot to favour the search for reason over the search for fault. It has to be said that the relationship with oneself and with others is calmer as a result, and I would even say more authentic. But let’s get back to our subject.
Note also the use of geometric figures. All the extremities are encircled, even the left foot, which is encircled by a snake. The square in the centre is projected larger and defines the length of the Hangman’s body, the space in which he finds himself. Within the material body, however, there are circular forces (snakes) that guarantee the existence and permeability of the threshold: Hangman passes from the celestial to the terrestrial and from the terrestrial to the chtonian. The ambivalence, ambiguity or androgyny represented by the snake in many great cultures takes on a psychopompic form here. The snakes watch over the two thresholds and seem to accompany the Hanged Man as he descends into the deep waters, the ‘death of God’ that Crowley spoke of.
The Hanged Man takes the form of the Ankh and the loop is closed by the snake awakening from its sleep.
Alongside the blue of water and night and the yellow of light and spirit, there is green. A Venusian colour, here in a pastel hue, rather soft and vaporous, it lodges in the dynamics of the circle and accompanies the sun’s rays. For Crowley, it is Grace. Nails are driven into three extremities, recalling the stigmata of Christ but also the nails of the Hierophant representing the letter Vau in the Hebrew alphabet. We’ll come back to this later. To assume the posture of the Hanged Man, you have to accept radical vulnerability, you have to lay yourself bare. This fall into the tilt requires humility, a stripping down to the simplest and probably most deprived condition of what we advocate today: individuality. The identity of the Hanged Man lies beyond the mundane (indeed, all the Major Arcana from the Wheel of Fortune onwards are beyond the mundane) and brings us back to the profound meaning of being and of the letter Mem. This is where the square can take on a meaning other than matter-body: mem final draws a square at the end of the word mayim (מים) which means waters in Hebrew (Souzenelle, La lettre chemin de vie, p.143). The great richness and fertility of Annick de Souzenelle’s works can only have a direct effect on the reader, whom we urge to read them, so profound is the work of this great lady on the meaning of the letters and many other subjects of Christian mysticism. Here we will only touch on the points that we can relate to the tarot, as the author has never written on this subject, but we can nevertheless see a very coherent and consistent meaning forming between the conception of the arcana and the logic of the Hebrew letters, probably as a result of tradition and heritage. Souzenelle analyses the morphology and morphogenesis of the letter while bringing it back to ontology, the central object of all her writing: in relation to the letter mem in square Hebrew, she interprets :
« L’hébreu carré semble dessiner la vague que fait le corps de l’Homme lorsque, agenouillé, celui-ci vient mettre sa tête contre les genoux dans une attitude de repliement sur lui-même pour se faire matrice de son propre germe. » ibid.
‘The Hebrew square seems to draw the wave made by the body of Man when, kneeling, he puts his head against his knees in an attitude of folding in on himself to become the matrix of his own seed’ ibid.
L’Homme retourne dans sa matrice, les eaux primordiales. L’Homme recroquevillé n’est pas le Pendu écartelé, certes, mais les deux retournent pourtant dans l’élément eau afin de renaître à la vie. Elle va encore plus loin en considérant que l’homme en cette traversée se découvre « mère, de lui-même à lui-même » (ibid. p. 146)- on retrouve Odin aussi. Le masculin recroquevillé ou écartelé, d’une certaine manière blessé, découvre sa matrice, sa puissance féminine symbolisée ici aussi par le très ancien symbole du serpent des tréfonds de l’océan, élément féminin par tradition. Aussi contraignante, punitive, voire violente sa condition se figure, il est porté par la Grâce et la rayonne jusque dans l’obscurité de son être.
Man returns to his matrix, the primordial waters. The huddled man is not the drawn and quartered Hanged Man, of course, but both return to the element of water in order to be reborn to life. She goes even further, considering that in this crossing man discovers himself as ‘mother, from himself to himself’ (ibid. p. 146) – Odin is there too. The male, curled up or torn apart, in a way wounded, discovers his womb, his feminine power, symbolised here too by the ancient symbol of the serpent in the depths of the ocean, traditionally a feminine element. However constraining, punitive, even violent his condition may appear, he is carried by Grace and radiates it even into the darkness of his being.
La vocation du Pendu – The vocation of the Hanged Man
Pris dans ses correspondances numérologiques, le Pendu fait écho à l’Impératrice (1+2) et au Monde dont la somme est aussi égale à 3. Non seulement par les nombres mais aussi par les cartes elles-mêmes ce lien est intéressant à explorer. Le Monde (surtout dans le tarot de Marseille type 2) montre une femme qui a le genou plié comme le Pendu, mais à son inverse est debout. Elle n’est pas attachée mais libre de ses mouvements, dansante pourrait-on dire, à l’intérieur d’une mandorle la couronnant de laurier. Cet aspect triomphal et accompli, bâton et fiole dans les mains dorénavant libérées et dansante sur les eaux (Tarot de l’Incarnation), donne le sentiment d’une épreuve accomplie.

Au lieu de branches coupées, elle est entourée d’un foisonnement de feuillage qui l’entoure et la protège. Le Pendu est suspendu dans le vide maintenu par des arbres émondés. Il y a un aspect très austère qui fait référence à la dureté de l’épreuve. Les références historiques font clairement état d’un moyen de torture et de punition datant des Romains et se prolongeant au Moyen Age. Selon Rijnberk des martyrs chrétiens ont été fréquemment punis et torturés de cette façon et notamment les femmes car cette posture exhibait leur intimité pour les humilier. D’où la notion de sacrifice très fréquente dans les significations que nous pouvons trouver qui s’originent donc dans la sacrifice des martyrs pour leur foi. Le lien avec le Christ est plus probant dans ce sens-là avec encore l’écho à Odin. Toutes ces convergences interculturelles montrent un être éprouvé physiquement mais aussi spirituellement, l’enjeu est conjoint. Dans ce sens, la méditation très érudite et tout aussi profonde de Tomberg révèle le Pendu comme l’être d’abord guidé par sa spiritualité.
Taken in its numerological correspondences, the Hanged Man echoes the Empress (1+2) and the World, whose sum is also equal to 3. Not only through the numbers but also through the cards themselves, this link is an interesting one to explore. The World (especially in the Tarot de Marseille type 2) shows a woman whose knee is bent like the Hanged Man’s, but who is standing upright. She is not bound, but free to move, dancing we might say, within a mandorla crowning her with laurel. This triumphant and accomplished appearance, staff and phial in her hands, now free and dancing on the waters (Tarot of the Incarnation), gives the impression of a completed ordeal.

Instead of cut branches, she is surrounded by an abundance of foliage that surrounds and protects her. The Hanged Man is suspended in the air, supported by pruned trees. There’s a very austere aspect that refers to the harshness of the ordeal. Historical references clearly point to a means of torture and punishment dating back to the Romans and continuing into the Middle Ages. According to Rijnberk, Christian martyrs were frequently punished and tortured in this way, particularly women, because this posture exposed their intimacy in order to humiliate them. Hence the very frequent notion of sacrifice in the meanings we can find, which originated in the sacrifice of the martyrs for their faith. The link with Christ is more convincing in this sense, as is the echo of Odin. All these cross-cultural convergences show a being who is being tested both physically and spiritually, and the stakes are high. In this sense, Tomberg’s highly erudite and equally profound meditation reveals the Hanged Man as a being guided first and foremost by his spirituality.
« Le Pendu représente l’état de l’homme dans la vie duquel la gravitation d’en haut a remplacé celle d’en bas. » p. 369
« …il est l’homme dont la volonté est haut au-dessus des puissances de sa tête : de la pensée, de l’imagination et de la mémoire. » p. 381
‘The Hanged Man represents the state of man in whose life gravitation from above has replaced that from below.’ p. 369
‘…he is the man whose will is high above the powers of his head: of thought, imagination and memory.’ p. 381
Tomberg expose ses idées amplement et les explique avec précision, donc veuillez lire directement ses écrits si vous souhaitez approfondir combien les textes de Ste Thérèse d’Avila entre autres ont inspiré cette méditation si éclairante (pour ceux et celles qui aiment la littérature hermétique et mystique chrétienne en l’occurrence). Nous évoquerons ici l’aspect de la vocation que l’auteur voit dans le Pendu : effectivement, la tête en bas, il a pour sol le ciel en dessous de ses pieds ce qui est une inversion symbolique. Sa volonté, donc son étincelle première et agissante, symbolisé par le bâton qui le tient suspendu, n’est plus dirigée par sa tête, ni par ses mains, mais se trouve entièrement guidée par « la gravitation » céleste. La vocation est avant tout une obéissance à ce qui s’impose à lui comme sa foi, le sens absolu de sa vie. L’abandon de soi est donc total et ce que veut le Très Haut est ce qu’il veut lui. Se laisser aller dans une épreuve avec confiance malgré toute peur, voire angoisse, est une attitude du Pendu. C’est une traversée de la solitude interne, une « entase » comme phénomène inverse de l’extase, un approfondissement en soi-même, qui triomphe sur le/la concerné/e du Pendu. Dans mon expérience du Pendu avec mes consultants, il était fréquent que cette lame signifiait une phase de solitude et de recueillement. Le voyage revient comme cette plongée dans l’élément étranger de son environnement habituel et comme cheminement initiatique. C’est une phase de transition qui est porteuse de changements profonds dans le soi. On parle souvent de changement de perspective à cause du retournement, toutefois, il me semble que ce n’est pas toujours aussi simple, voire suffisant de le dire ainsi. Le changement est radical, c’est tout mon rapport au monde qui s’inverse et bascule et non pas seulement un pas de côté (tout dépend bien sûr de la situation du consultant). Ce n’est pas non plus une remise en question active de ma part mais une question qui s’impose à moi. Je me mets en posture d’accueil et l’appréhension qui me traverse quand je regarde le Pendu se dissout. Une leçon morale (donc pratique) de cet arcane est celle de cesser toute résistance pour s’adonner à une souple immobilité. Comme une posture difficile en yoga : le confort en une posture ne se trouve qu’en cherchant les endroits à relâcher et les autres à maintenir en tension. Ces endroits sont propres à chaque posture et s’apprennent en étant entièrement et totalement présent. C’est un équilibre entre tension et relâchement, mouvement et repos, mobilité et immobilité dans des espaces de plus en plus subtils qui, tous, apprennent à ne plus se contredire. C’est une conjonction physique, une unification, avec une grande portée psychique et spirituelle.
Le Pendu de ce point de vue très personnel, présente ce temps de l’équilibrage et d’harmonie dans la posture nouvelle. L’immobilité advient lorsque l’équilibre est complet.
T. Susan Chang et M. M. Meleen dans leur ouvrage Tarot desiphered proposent de voir le chemin du Pendu à travers la suite de Coupe puisqu’elle est porteuse de l’élément eau. Encore à travers le système de Thoth voilà ce qu’elles résument:
« L’As de Coupes est le Graal lui-même ; c’est le sang vital du Pendu qui le remplit. Les 2, 3 et 4 de Coupes (Amour/Abondance/Luxe) racontent l’histoire de quelque chose de précieux, nourri et protégé ; nous voyons la nature même du désir et de la quête. Dans les 5, 6 et 7 de Coupes (Déception/Plaisir/Débauche), ce qui est précieux est perdu ou abandonné volontairement en échange de quelque chose d’aussi précieux dans une transaction alchimique. Et dans les 8, 9 et 10 (Indolence/Bonheur/Satiété) se trouve le cadeau que le sacrifice a acheté : la régénération et la rédemption. » p. 127-128, Llewellyn
La démarch est intéressante et inviterait à relier à un arcane majeur une suite en particulier parce qu’un élément est dominant dans chaque arcane majeur. Pour ce qui cncerne le Pendu, c’est donc la suite reliée à l’émotion, l’intériorité, l’intimité, la sensibilité, la prémonition, le magnétisme, etc. qui résonne avec sa traversée. De l’As émane une énergie, à tranvers le milieu aérien (partie haute) et le milieu aqueux (partie basse). Pour moi il y figure combien l’intériorité se manifeste différemment de l’extériorité. Le pied du graal est un lotus qui émerge et dessine sur la surface de l’eau son mouvement d’émergeance. Ce que le graal contient cependant est à l’origine de ce qui traverse l’air. Les mêmes couleurs traversent différemment ces éléments et pourtant il y a une forme de continuité entre les deux figurée dans la colonne blanche qui traverse verticalement le centre même du graal, s’ouvrant vers le bas autant que vers le haut. Cette verticalité, la présence des deux éléments ou diaphanes (eau et air) sont pareils dans le Pendu sauf que le mouvement chez lui nous invite dans les profondeurs et non vers le haut. Dans toutes les autres coupes de la suite, le mouvement va vers la bas les profondeurs; l’eau s’écoule toujours vers le bas, sauf dans l’As.
Tomberg sets out his ideas at length and explains them with precision, so please read his writings directly if you wish to explore in greater depth the extent to which the texts of St Teresa of Avila, among others, inspired this enlightening meditation (for those who love hermetic literature and Christian mysticism in this case). We’ll mention here the aspect of vocation that the author sees in the Hanged Man: indeed, with his head down, he has the sky below his feet, which is a symbolic inversion. His will, and therefore his first and active spark, symbolised by the stick that holds him suspended, is no longer directed by his head or his hands, but is guided entirely by celestial ‘gravitation’. The vocation is above all an obedience to what imposes itself on him as his faith, the absolute meaning of his life. Self-surrender is therefore total, and what the Most High wants is what he wants. Letting oneself be put to the test with confidence despite all fear, even anguish, is the attitude of the Hanged Man. It’s a journey through inner solitude, an “entasis” as the opposite of ecstasy, a deepening into oneself, which triumphs over the person affected by the Hanged Man. In my experience of the Hanged Man with my consultants, this blade often signified a phase of solitude and recollection. The journey comes back as a plunge into the foreign element of one’s usual environment and as a path of initiation. It is a phase of transition that brings profound changes to the self. We often talk about a change of perspective because of the reversal, but it seems to me that it’s not always as simple, or even sufficient, to put it that way. The change is radical: my entire relationship with the world is reversed and turned upside down, and not just a step to the side (depending of course on the consultant’s situation). It’s not an active questioning on my part either, but a question that imposes itself on me. I put myself in a welcoming posture and the apprehension that runs through me when I look at the Hanged Man dissolves. A moral (and therefore practical) lesson of this Arcanum is to cease all resistance and indulge in supple immobility. Like a difficult posture in yoga: comfort in a posture can only be found by looking for places to relax and others to hold in tension. These places are specific to each posture and are learned by being fully and completely present. It’s a balance between tension and relaxation, movement and rest, mobility and immobility in increasingly subtle spaces that all learn not to contradict each other. It’s a physical conjunction, a unification, with a far-reaching psychic and spiritual impact.
From this very personal perspective, The Hanged Man represents this period of balance and harmony in the new posture. Immobility occurs when balance is complete.
T. Susan Chang and M. Meleen, in their book Tarot Desciphered, suggest viewing the path of the Hanged Man through the suit of Cups, as it carries the element of water. Again, using the Thoth system, this is how they summarise it:
« The Ace of Cups is the grail itself; it is the Hanged Man’s lifeblood the fills it. In the 2, 3, and 4 of Cups (Love/Abundance/Luxury) is the story of something precious, nurtured and protected; we see the nature of desire and seeking itself. In the 5, 6 and 7 of Cups (Disappointment/Pleasure/Debauch), that which is precious is lost or given up willingly in exchange for something equally precious in an alchemical transaction. And in the 8, 9 and 10 (Indolence/Happiness/Satiety) is the gift that sacrifice has bought: regeneration and redemption. » p. 127-128, Llewellyn
Bibliographie:
Boyer, Régis, L’Edda poétique, Fayard/Pluriel, 2023
Crowley, Aleister, The Book of Thoth, Weiser, 2006
de Souzenelle, Annick, La lettre chemin de vie – Le symbolisme des lettres hébraïques, Albin Michel, 1993
L’encyclopédie des symboles
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